Le 6 et 7 juin, avec « Les enfants cachés dans l’Oise… et ailleurs » : ombres et lumières d’une période terrible de notre histoire…

Samedi 6 juin, la conférence-témoignages que nous vous proposions a été un grand moment qui restera dans la mémoire de l’ALMA et certainement des 70 à 80 personnes qui y ont participé.

Car si nous avions bien sûr des intervenants qui ont tous été les piliers de cette manifestation, le public a été non seulement présent et nombreux mais il a beaucoup apporté  par son écoute et ses interventions. Madame le Maire a été présente et nous l’en remercions.

Nous avions demandé à Karen TaÏeb, responsable des archives au Mémorial de la Shoah à Paris d’être notre conférencière et elle a su mettre en perspective l’histoire des enfants cachés et celle des Justes : histoires particulières ; histoires individuelles et collectives ; lois répressives : françaises et allemandes ; situations très différentes : celle des « Juifs » nouveaux réfugiés de l’Europe de l’Est, parlant mal ou pas du tout le français et celle des « Israélites », juifs français depuis des générations ; les uns conscients des dangers, souvent très religieux, ayant peu de ressources et de contacts, les autres, confiants en leur pays, anciens soldats de 14-18, souvent athées ou peu pratiquants, mieux installés dans la vie financièrement et socialement… Et en réponse les Justes, honorés ou anonymes qui ont réagi souvent sans l’avoir vraiment décidé et qui ont risqué leur vie et celle de leur famille pour aider un voisin, un enfant… Et des chiffres aussi pour mesurer l’horreur mais aussi le courage et la solidarité.

Gérard Goldblum, adhérent de l’ALMA, a été notre premier témoin ! C’est lui qui est le point de départ de cette aventure puisqu’il a été enfant caché en Corrèze et qu’il avait déjà en 2005 organisé une cérémonie d’hommage au village de Marcillac-la-Croisille où il a vécu 5 ans jusqu’en 1945. Un film, nous a fait découvrir, avec cette cérémonie, son témoignage et celui des deux petites jumelles qui ont aussi été cachées à Marcillac-la-Croisille.

Et déjà présent à Marcillac-la-Croisille en 2005, nous avions un témoin que chacun connaissait ou pensait connaître : Michel Drucker ! L’oncle de Gérard Goldblum, le docteur Selzer chez qui il a été caché et le père de Michel Drucker étaient amis longtemps avant la guerre et le sont restés après. Michel Drucker a lui aussi été caché dans un village de Bretagne. Et il nous a parlé avec beaucoup d’émotion de sa famille et de cette époque. Il est intervenu après la conférence et après la projection du film sur Marcillac-la-Croisille.

Enfin, elle n’était pas témoin mais porte-parole de témoins : Marianne Legrand, adhérente de l’ALMA elle aussi, outre le travail magnifique de montage des vidéos amateur réalisées à Marcillac-la-Croisille en 2005, nous a raconté l’histoire de Ruth, enfant cachée à 12 ans au Chambon-sur-Lignon et a parlé au nom de sa fille, présente parmi nous mais trop émue pour le faire elle-même, de Madame Vérité qui a accueilli plus de 10 enfants juifs pendant la guerre.

Pierre Draï, enfant caché lui aussi, avait découvert un peu par hasard notre réunion ; il est venu le 6 et le 7 : son témoignage est très émouvant et montre que si des enfants cachés ont pu être bien entourés, vivre avec une relative insouciance cette période et surtout retrouver leur famille à la fin de la guerre, il y a eu aussi (et certainement beaucoup) des histoires plus dures et douloureuses comme la sienne. Il a écrit ses souvenirs dans un livre : « La mémoire déverrouillée »

Sont aussi intervenus : M. Vimont, enseignant très impliqué avec Pierre Draï dans l’association OPEJ et qui nous a parlé des actions pédagogiques qu’il mène dans le milieu scolaire.

Isabel Farrel qui, ayant travaillé à l’école Sainte-Geneviève de Gouvieux, se souvenait qu’on lui avait parlé d’enfants cachés par les sœurs ; elle a consulté les archives et a trouvé la confirmation que plusieurs enfants ont été cachés dans cette institution.

Et beaucoup d’autres interventions auxquelles Karen Taïeb a répondu ou apporté des éclaircissements.

Le dimanche 7, nous étions moins nombreux (une vingtaine) pour voir le film de Claude Berri « Le vieil homme et l’enfant » : un film magnifique où il raconte son histoire d’enfant de 9 ans (Claude Berel Langman) caché à la campagne. Cette histoire montre, comme ce fut le cas pour Gérard Goldblum et Michel Drucker, un enfant triste et perturbé mais aussi insouciant et aimé de ses parents et de Pépé et Mémé qui l’accueillent sans savoir qu’il est juif ; Pépé (Michel Simon), très réceptif à tous les poncifs antisémites de l’époque (?) en instruit avec beaucoup de conviction son petit protégé qu’il aime profondément. Et l’enfant cherche à se reconnaitre dans ces discours en contradiction totale avec ce qu’il connait de sa vie avec ses parents et de ce qu’il vit avec Pépé… L’histoire s’arrête quand ses parents viennent le rechercher à la fin de la guerre. Une fin un peu idyllique mais vraie en ce qui concerne Claude Berri…

La projection était organisée avec l’aide du Cinéclub qui s’associe très gentiment à certaines de nos manifestations. Un grand merci à Hervé Moula qui nous permet par ce film de poursuivre la rencontre avec un support différent.

Le débat qui a suivi le film était très intéressant ; Gérard Goldblum s’est retrouvé sur de nombreux points dans le film (en particulier l’amour du petit garçon pour une fillette…) ; Pierre Draï est intervenu aussi.

Une exposition présentait des documents apportés par Gérard Goldblum, par la fille de madame Vérité et l’histoire des Justes honorés dans l’Oise ; nous avons trouvé ces informations sur le site apjn.org et sur celui de Yad Vashem. Nous avons un document du Mémorial de la Shoah concernant les enfants cachés que Karen Taïeb nous a apporté et que nous pouvons vous fournir si vous le désirez. Enfin, on ne peut que conseiller la lecture des deux ouvrages de Françoise Rosenzweig : « L’Oise allemande », une histoire économique et sociale de l’Oise pendant la seconde guerre mondiale et « Les persécutions contre les juifs dans l’Oise 1940-1945 » qui comporte un chapitre sur les enfants cachés et un autre sur les Justes.

Nous espérons donner une suite à ce week-end très riche ; aider, même modestement, à faire comprendre ce qui s’est passé pendant la seconde guerre reste toujours très important.

Et pour conclure, nous remercions infiniment le Centre social qui nous a accueilli avec énormément de gentillesse et de disponibilité, avant et pendant ces deux jours !

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