Dimanche au château : grand vent et public nombreux et heureux pour la conférence sur l’histoire de Lamorlaye du 15e au 18e siècle

C’est devant une salle comble que Nicolas Bilot a retracé pour nous  (ALMA et Cahiers de Chantilly) l’histoire de Lamorlaye, deuxième partie, du 15ème au 18ème siècle.

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Cette conférence s’appuie  sur l’étude réalisée par Aquilon à la demande de la municipalité en 2018 et 2019 ; cette partie de l’histoire de Lamorlaye est aussi retracée dans le N°12 des Cahiers de Chantilly  dans un article de Morgan Hinard et Nicolas Bilot.

 

 

 

L’histoire de Lamorlaye s’avère un sujet complexe qui nous a permis de découvrir bien des subtilités du système féodal.

Premier point : on peut être « seigneur » mais ne pas avoir les droits de Ban (rendre la justice, lever l’impôt et faire la guerre) ; c’est le cas à Lamorlaye, seigneurie qui appartient longtemps au domaine royal et qui était « gérée » pour le roi par un personnage choisi par le roi : ainsi d’Antoine de Galles, installé par Louis XI à Lamorlaye en 1481. Louis XI gardera le « vieux » château seigneurial bâti sur une motte artificielle, entre ru Saint-Martin et vieille Thève, et les droits de ban.

Deuxième point : une seigneurie peut être partagée ce qui a été le cas pour Lamorlaye environ un demi-siècle après la décision d’en faire une ville nouvelle au 12ème siècle. (§ corrigé après la 1ère publication)

Troisième point : le territoire d’une seigneurie peut inclure des fiefs qui ont un « seigneur » et un logis seigneurial… Ce fut le cas à Lamorlaye du temps de Jacques de Galles : ce dernier va donner son fief de Rocquemont à son cousin Antoine I de Bussy lequel a épousé la fille du détenteur du fief de Beauvouloir…  Les deux sont sur le territoire de la seigneurie de Lamorlaye… Nous avons là une première étape vers une réunification.

Mais c’est à André de Hacqueville, successeur des Bussy en 1564 quand il leur achète les fiefs de Rocquemont et de Beauvouloir que nous devons l’étape finale ! En 1569, il négocie avec le roi qui lui abandonne, contre une rente de 100 livres le fief de la Motte : avec son « vieux château » ruiné pendant la guerre de Cent ans mais conservé comme signe de pouvoir appartenait au roi…

Ce Seigneur de Hacqueville mériterait que son nom soit donné à une rue de Lamorlaye !

Le roi de France ne contrôle plus Lamorlaye mais 100 ans plus tard c’est le prince de Condé va reprendre la main ! En 1679, le Grand Condé achète la seigneurie de Lamorlaye et la revend 5 jours après à François Seroux en se réservant… les bois et les droits seigneuriaux ! En effet ce François Seroux n’est pas noble et ne peut donc détenir les droits de ban : il sera anobli plus tard.

De cette transaction, peut-on déduire que les bois que se réserve le Grand Condé sont sans doute aujourd’hui dans le territoire de Coye, Chantilly et peut-être Gouvieux, au nord et à l’est de notre territoire actuel ? Et expliquer à la fois, la petite taille de la seigneurie de Lamorlaye avant la Révolution et le fait que ni Lamorlaye ni son seigneur n’ont vraiment souffert de la période révolutionnaire ?

Les plans, quand ils sont analysés par un historien comme Nicolas Bilot sont une source inouïe d’informations ! Ci-dessous, un plan daté de 1510 (Bibliothèque Condé -réf. CP_B_0112) qui à première vue s’intéresse surtout aux étangs de Commelles mais qui montre Lamorlaye dans sa partie haute. Ensuite le plan de 1679 que nous devons à l’installation de François Seroux (c’est son blason qui y est représenté) est aux archives départementales (AD60 – réf. plan 1210/5). Sur ce plan, Nicolas Bilot nous a fait découvrir la structure de la ville nouvelle lancée au 12ème siècle et sa persistance dans le Lamorlaye d’aujourd’hui. Enfin (mais au cours de la conférence nous avons vu beaucoup d’autres plans) le plan d’intendance de 1786 (AD60 – réf. 1Cp241_1) qui nous montre Lamorlaye quelques années avant la Révolution.

Après avoir parcouru l’histoire des derniers propriétaires du château au 19ème siècle Nicolas Bilot s’attache à l’analyse du bâti :

  • la vieille maison n’est peut-être pas d’un intérêt architectural évident -sauf une cave sous la partie la plus ancienne, mais c’était le logis seigneurial du fief de Beauvouloir !
  • l’orangerie construite sans doute par Claude Coin ou peut-être un peu avant par Alexandre Gérard (entre 1830 et 1850) est une des rares orangeries encore existante dans l’Oise.  Les Vigier l’ont transformée en écurie ; l’institut biblique en chambres pour leurs étudiantes…
  • le château lui-même est du style dit « éclectique » reprenant des concepts de différentes époques sans trop se soucier de cohérence. On peut y retrouver la trace de son évolution car c’es sur cet emplacement qu’Antoine de Galles a construit son logis seigneurial. La basse cour se déplace derrière l’orangerie ; la ferme du château disparaît…
  • le parc a, lui aussi, beaucoup évolué suivant les modes et sans doute la richesse du seigneur : sur le plan de 1679, la part ornementale est très réduite, il y a surtout des bois et un verger. Dans la partie au-delà du chemin de Paris à Clermont (notre rue du vieux château qui passait devant l’église jusqu’à la place du Calvaire) il y avait des champs. Sur le plan d’intendance, le verger est devenu une zone boisée parcourue de belles allées. Et au 19ème siècle, François Seroux étend le parc jusqu’à notre actuelle rue Jean Biondi et réalise la dérivation du ru Saint-Martin qui apporte l’eau dans le parc qui devient donc « à l’anglaise » ; Claude Coin continuera à faire  aménager le parc : peut-être par le paysagiste Louis-Sulpice Varé ?

Quelle fabuleuse conférence ! Merci à Nicolas Bilot qui nous permet de « voir » notre ville différemment. Les applaudissements du public le lui ont dit aussi. Et les échanges nombreux autour du verre de l’amitié ont confirmé, s’il était besoin, le plaisir de tous !

Nicolas nous a signalé une conférence d’Aquilon qui lui tient à cœur :

LES DESSOUS DE L’HISTOIRE : LES HISTORIENS DU VALOIS

L’occasion pour Aquilon, de rendre hommage à André Duchesne, Nicolas Bergeron, sans oublier Claude Carlier, Louis Graves et Ernest Corbie, les historiens du Valois depuis trois siècles. Conteurs talentueux ou chercheurs laborieux, ils ont participé à la construction d’une histoire de ce territoire, entre vérités et légendes. L’ancienneté fait-elle foi ? Revenons sur l’apport de chacun d’entre eux. Conférence animée par Régis Moreau le 23 février 2020 à 16h30 à Crépy-en-Valois à la Communauté de Communes du Pays de Valois (62 rue de Soissons à Crepy En Valois) – Régis Moreau fait partie de l’équipe Aquilon.

Et l’ALMA retrouvera Aquilon en juin avec une conférence de Nicolas Bilot sur l’archéologie le samedi 13 juin et une visite autour de Champlieu le mardi 16 juin : les inscriptions sont ouvertes.

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Enfin, comme souvent, voici la rubrique « OBJETS PERDUS ». Une casquette grise a été oubliée par son propriétaire : au moins le vent ne la lui aura pas arrachée ! Notre expérience des chapeaux perdus nous a fait rechercher un nom à l’intérieur mais il n’y en a pas !  Alors nous espérons que son propriétaire prendra contact avec nous pour la récupérer. La voici :