Lamorlaye à travers le recensement de 1911 (étape 1)

Aujourd’hui quelques chiffres cachés dans les recensements en ligne sur le site des archives départementales.

Dans une lettre de Marcel Boulenger, il y a cette petite phrase : « Enfin, le soir vint, Jean-Paul Ailly nous emmena, lord Bansborough, quelques convives et moi, en son château de Lamorlaye, où la chère fut exquise et les vins dignes en tout point de l’hôte difficile qu’il recevait.« 

Bien sûr, j’ai voulu savoir qui était ce Jean-Paul Ailly et dans quel château il faisait bombance… Le web refusant de me donner une piste, j’ai pensé que je trouverai dans les recensements. La lettre de Boulenger est de 1904, j’ai donc commencé avec 1906 puis 1911 ; sans succès pour M. Ailly  mais l’examen attentif d’un recensement est toujours plein d’enseignements ; je l’avais déjà constaté mais sans avoir vraiment le temps de m’y mettre ! Cette fois, je suis allée un peu plus loin et j’ai commencé par le recensement de 1911.

Le récapitulatif donné en fin de document dit qu’il y avait à Lamorlaye en 1911, 203 maisons, 289 ménages et 1035 habitants. Presque tous dans le village ; seulement 73 personnes dans le hameau du Lys (bien sûr le lotissement du Lys-Chantilly n’existe pas encore) et 61 dans les « écarts ». Il y avait 312 étrangers, principalement des Anglais dans le village et des Belges dans le hameaux du Lys et les écarts. Plus un Suisse et quelques Italiens.

Voulant savoir comment ces 289 ménages se répartissaient dans 203 maisons je me suis lancée dans l’étude fine du recensement : arrivée à la moitié (115 maisons pour 155 ménages), j’ai compté 23 maisons occupées par 2 ménages, 2 occupées par 3 ménages et 4 occupées par 4 ménages…

Dans un ménage il y a en général un couple avec de 1 à 8 enfants ! Les personnes habitant seules, quand elle se déclarent rentier ou rentière, ont (au choix) une bonne, une cuisinière, un cocher… Monsieur l’abbé Gallet vivait avec sa mère. Les écuries logeant tout ou partie des garçons d’écurie et des palefreniers et parfois des jockeys, affichent 13, 10 et même 28 habitants dans la même « maison ».

Au passage, j’ai retrouvé l’écurie où travaillait Georges Panel, ce jockey mort pendant la première guerre mondiale au Moulin de Laffaut : Marie-Laure, son arrière-petite-fille, était venue nous présenter en novembre 2018 son aventure à la recherche de cet arrière-grand-père redécouvert grâce à une boite pleine de lettres écrites depuis le front…

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Et j’ai découvert le train de vie du comte Vigier : 18 employés pour 3 personnes (le comte, sa femme et son fils).

13 employés sont logés au château ce qui avec leur famille fait 20 personnes ; 4 autres habitent rue de la Mairie (aujourd’hui rue de l’église) et 1, rue de la Tuilerie (aujourd’hui rue du général Leclerc). Il y a 6 domestiques, 2 cuisiniers , 4 jardiniers (1 chef jardinier, 1 jardinier, 2 garçons-jardiniers), 3 cochers, 2 garçons d’écurie ;  et 1 régisseur car il faut bien un chef pour gérer ce qui s’apparente à une PME !  

1 des garçon d’écurie est anglais comme les 3 cochers. Et le jardinier est belge.

Monsieur le comte se déclare « agriculteur éleveur » et son fils est étudiant.

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Mais ce recensement de 1911 est loin d’avoir livré tous ses secrets. En particulier sur les métiers pratiqués autour du cheval mais pas seulement ;  la structure des familles ;  le nombre de femmes chefs de famille ; et le nombre de rentiers ; et … Sans oublier ce que nous apporterait l’étude comparée des recensements accessibles en ligne : de 1806 à 1936!

Oui ! il y a bien des découvertes à faire… Reste un regret :  nous ne connaissons toujours pas Monsieur Jean-Paul Ailly  qui  chassait à courre dans nos forêts en compagnie de Marcel Boulenger…