Les 22 et 23 juin : journées d’étude « Creil au Moyen Âge »

La ville de Creil porte actuellement un projet de restauration et de mise en valeur de son château médiéval. Avec l’église Saint-Médard, dont les abords seront prochainement réaménagés, il s’agit de l’une des pépites du patrimoine creillois.

Dans le but de valoriser ce patrimoine et d’échanger autour de récentes découvertes archéologiques et historiques, la ville de Creil organise les journées d’étude « Creil au Moyen Âge ». 17 spécialistes en histoire, histoire de l’art, archéologie, architecture et géologie ont été conviés pour intervenir et échanger sur le sujet.

Ces journées d’étude sont organisées les 22 et 23 juin, de 9h30 à 17h30 à l’IUT de Creil, en partenariat avec le Service départemental d’archéologie de l’Oise (SDAO) et l’Université Picardie Jules Verne (UPJV). L’entrée est libre et gratuite ! Le programme est accessible sue site du musée Galle Juillet : ICI ; les inscriptions sont d’ores et déjà ouvertes, il suffit de contacter le musée soit au 03.44.29.51.50 ou par mail : conservation@mairie-creil.fr

A noter que Nicolas Bilot a fait pour l’ALMA une conférence le 24 novembre 2021 sur le château de Creil dont une étude historique et archéologique avait été confiée à Aquilon (voir la conférence de l’ALMA du 14 novembre 2021)

Et en attendant n’oubliez pas Notre visite guidée de l’exposition INGRES, le s40 ans du cinéclub de Lamorlaye et/ou Les femmes aussi à Pont-Sainte-Maxence !

Samedi 3 juin au château de Lamorlaye : films, conférences, quizz pour le s40 ans du Cinéclub de Lamorlaye !

Ce samedi le Cinéclub de Lamorlaye avec qui l’ALMA organise parfois des manifestations communes (ALMA pour une conférence et le cinéclub pour…une projection : la dernière étant la conférence de Frédéric Gondron et le film Section spéciale le 6 mai dernier) fête ses 40 ans le 3 juin !

En 2022, l’ALMA était fière de ses 20 ans mais il y a mieux ! 40 ans pour le Cinéclub et 50 ans (en 2022) pour l’École de Musique de Lamorlaye !

Le programme de cet anniversaire est varié et fait appel

  • à AGORA pour un Quiz (il suffit d’avoir un smartphone et on peut participer sans être inscrit à l’avance contrairement à ce que dit l’affiche ci-dessous),
  • à Studio 32 pour un court métrage 
  • et à l’ALMA  pour une conférence sur « l’histoire des cinéma de Lamorlaye » étendue au sud de l’Oise. Nous avons trouvé aux archives départementales et aux archives municipales beaucoup de documents qui donnent une idée de ce qu’était le cinéma pour les habitants de village comme le nôtre tout au long du XXe siècle ! Et des soucis des maires (responsables de la sécurité) et du gouvernement (volontiers censeur). 
La cabine de projection du Bar des Jockeys n’a été démolie qu’en 2003 quand le café a lui-même disparu au profit d’un nouvel immeuble ! Réf. Archives municipales de Lamorlaye – 174W45

Venez nombreux nous rejoindre au château à partir de 15h !

En cliquant sur ce lien ( ICI : Calendrier été 2023) vous découvrirez le programme estival d’Aquilon, conférences et randonnées : de quoi passer un bel été !

N’oubliez pas de vous inscrire pour la visite guidée de l’ALMA au château de Chantilly pour deux expositions d’un coup ! Ingres au Jeu de Paume et la peinture italienne au Cabinet d’art graphique.

et très bientôt, un compte-rendu de la très intéressante conférence de Frédéric Gondron sur la collaboration de Vichy et sur la projection du film de Costa-Gavras Section Spéciale : nous étions une soixantaine pour la conférence (et 2 connexions Teams) et un peu moins pour le film.

Beau 8 mai 2023 à Lamorlaye

Hier, très beau moment au cimetière de Lamorlaye pour la cérémonie de commémoration de la victoire contre l’Allemagne nazie. L’ALMA y était présente et notre présidente a déposé une gerbe.

La fanfare de Chantilly a assuré la musique (et c’est mille fois mieux que nos musiques enregistrées utilisées précédemment) et a aussi accompagné les enfants des écoles qui ont chanté La Marseillaise. Puis accompagnés à l’accordéon par Mme Goujard, enseignante à l’école Marie Marvingt, qu’ils ont chanté le Chant des Partisans et le Chant des Marais.

Juste avant, deux élèves du collège Françoise Dolto ont lu le poème de Robert Desnos « Sol de Compiègne ».

Craie et silex et herbe et craie et silex
Et silex et poussière et craie et silex
Herbe, herbe et silex et craie, silex et craie […]

Ce poème a été écrit par Robert Desnos à Compiègne, entre son internement à Compiègne le 20 mars 1944 et sa déportation le 27 mars par le convoi du 27 avril 1944 à destination d’Auschwtz ; ce convoi est un des rares convois transportant des « non-juifs » à Auschwitz : les déportés, tous Résistants, arriveront à Auschwitz le 30 avril et seront ensuite, pour la plupart, transférés à Buchenwald le 12 avril ; le 14, la plupart sont envoyés Flossenbürg puis les 2 et 3 juin, un groupe de quatre-vingt-cinq hommes, dont Desnos, est acheminé vers le camp de Flöha, en Saxe. Vers la fin du mois d’avril 1945, Desnos fait partie d’un groupe acheminé jusqu’au camp de concentration de Theresienstadt, à Terezin (Protectorat de Bohème et Moravie, actuelle Tchéquie) ; le 8 juin 1945 à 5h30 du matin, il y meurt du typhus.

Robert Desnos a été arrêté à Paris par la Gestapo le 22 février 1944, sur dénonciation.

Des personnalités marquantes de la Résistance, dont plusieurs devinrent ministres ou grands serviteurs de l’Etat, font partie de ce transport : notamment, Marcel Paul, ancien conseiller général de Paris et résistant dans l’Organisation spéciale du parti communiste ; le responsable des FTP de la région Ile-de-France, Robert Darsonville, ainsi qu’un certain nombre de ses adjoints ; les parlementaires François Beaudoin, député de la Moselle, résistant dans le réseau Cahors-Asturies, et Louis Destraves, ancien député-maire de Houilles dans les Yvelines ; le journaliste au Temps Rémy Roure ; le propriétaire de  L’Indépendant de Perpignan, Georges Brousse ; le polytechnicien et neveu de l’amiral, Georges Thierry d’Argenlieu ; le comte Paul Chandon-Moët ; les poètes Robert Desnos et André Verdet ; le peintre Léon Delarbre, conservateur du musée des Beaux-Arts de Belfort ; etc. (site http://www.bddm.org)

« Sol de Compiègne  » est un des trois textes écrits par Robert Desnos à Royallieu avec « Chanson de Route » et « Printemps, 6 avril 1944 » : ils font partie du recueil « Ce coeur qui haïssait la guerre » et ont été publiés pour la première fois en décembre 1944 sous le  sous le pseudonyme de Valentin Guillois, sous lequel Desnos avait été publié clandestinement dans la revue « L’honneur des poètes ». Au fronton du Mémorial de Royallieu, on peut lire cet autre extrait :

Sol de Compiègne!
Terre grasse et cependant stérile
Terre de silex et de craie
Dans ta chair
Nous marquons l’empreinte de nos semelles

Merci à tous les enseignants qui permettent ainsi à leurs élèves de participer à cette commémoration ! Dans le même esprit, L’Ecole Polytechnique demande à ses élèves d’être présents en uniforme et nous avons eu le plaisir de partager ce moment de commémoration avec un jeune morlacuméen, en première année d’école,

Vous pouvez écouter « Sol de Compiègne » ICI, dit par Denis Lavant et Eve Griliquez

Vous pouvez retrouver, sur ce blog, l’histoire de la commémoration den France du 8 mai 1945 (publié en 2020).

Bon premier mai ! Sans oublier le 6 mai (conférence ALMA, film ALMA et cinéclub), le 4 mai (Jeudi de la Tenure), le 13 mai (sentier botanique et Grande écluse) …

Le muguet arrive en Europe au Moyen-Âge ; il symbolise le retour du printemps et est même synonyme de porte-bonheur.

Dans les campagnes, on offrait, le 1er mai, une branche pour chasser la malédiction de l’hiver. La tradition du brin de muguet porte-bonheur du premier mai remonterait au roi Charles IX : le 1er mai 1561, on lui aurait offert un brin de muguet et il aurait décidé d’en offrir chaque année à son tour aux dames de la Cour… La tradition devient populaire dans les années 1900 sans lien avec la fête du travail qui n’existe pas encore…

Le 1er mai, Fête du travail -ou des travailleurs- trouve ses origines aux États-Unis : le 1er mai 1884, des syndicats ouvriers américains décident de revendiquer la journée de huit heures. Ils choisissent le 1er mai, premier jour de l’année comptable des entreprises aux États-Unis. En 1884, la journée de travail était encore couramment de 10 voire 14 heures alors que le slogan « 8 heures de travail, 8 heures de loisir, 8 heures de repos » a été lancé en 1817 par Robert Owen, considéré comme le « père fondateur » du mouvement coopératif et du socialisme britannique.

De grandes manifestations sont organisées ensuite, chaque premier mai : en 1886, plus de 300 000 travailleurs manifestent pacifiquement à travers tout les États-Unis avec dans les jours qui suivirent des incidents graves : une grève démarre et de violents affrontements éclatent à Chicago. Le 3 mai, trois ouvriers trouvent la mort. Le 4, une bombe explose et fait quinze morts parmi les policiers. Elle conduira trois ouvriers à des peines de prison à perpétuité et cinq à la pendaison. Face aux preuves incertaines, ils seront finalement réhabilités ET la journée de 8 heures s’imposera aux États-Unis !

En 1889 à Paris, le Congrès de la IIe Internationale socialiste décide, sous l’impulsion de Jules Guesde, de faire du 1er mai une journée de manifestations. La première est célébrée le 1er mai 1890 avec les mêmes revendications qu’aux États-Unis. Les ouvriers défilent pour demander la journée de huit heures. Ils portent un triangle rouge à la boutonnière. Ses trois côtés symbolisent le partage du temps entre le travail, le loisir et le sommeil. Le 1er mai devient alors un jour de manifestation ouvrière en France avec des événements violents, à Fourmies en 1891 (9 morts et une trentaine de blessés) ou à Paris en 1906 (800 arrestations, dont 173 maintenues, de nombreux blessés, deux morts).

Jusqu’en 1907, la fleur associée au 1er Mai est l’églantine rouge, que les manifestants portent en boutonnière. Une tradition dédiée à Marie Blondeau, l’une des victimes de la fusillade sanglante de Fourmies en 1891 : elle portait ce jour-là des branches d’églantine (savait-elle que Fabre d’Églantine avait créé une fugitive « fête du travail » en 1793 ?)… En Allemagne, c’est l’œillet rouge qui est le symbole du 1er Mai, une tradition qui remonte à 1890 : pour contourner l’interdiction de manifester, les militants décident de porter un œillet rouge à la boutonnière, un signe distinctif permettant de se reconnaître et de se regrouper.

Le gouvernement de Georges Clémenceau crée le ministère du Travail en octobre 1906 pour recevoir (et traiter ?) les revendications ouvrières. Peu avant le 1er mai 1919, la loi légalise la réduction du temps de travail à huit heures par jour.

En 1941, le maréchal Pétain déclare que le 1er mai sera la « Fête du Travail et de la Concorde sociale« . Le 1er mai 1942 sera une journée chômée sans diminution de salaire. Mais la propagande impose sa propre vision du travail (1942 c’est l’année de la « Relève » un an avant le STO…) et n’oublie pas le culte du chef (le 1er mai est aussi la Saint Philippe). C’est aussi en 1941 que le muguet est associé officiellement à la fête du Travail. Le maréchal Pétain veut remplacer l’églantine rouge, trop associée au communisme selon lui.

Cette journée chômée institué par Vichy disparaît à la Libération (pas de 1er mai chômé en 1945) ; mais le  26 avril 1946, elle sera réintroduite. Enfin, en 1948, le 1er mai est définitivement institué comme un jour férié, chômé et payé pour les salariés.

Ô surprise, cet article sur la tradition du brin de muguet, se trouve en avec notre prochaine conférence ! Venez donc le 6 mai en apprendre un peu plus sur la politique de collaboration voulue par Pétain : l’exemple du brin de muguet montre que les symboles les plus insignifiants sont autant d’occasions de contrôler les esprits !

Et juste avant, juste après :

Pour répondre à une question sur notre blason … un peu d’histoire

Le 18 janvier 1962, le conseil municipal demande au préfet l’autorisation d’adopter pour Lamorlaye les armoiries de Charles de Marc, seigneur de Moncrespin et du Lys, armoiries inscrites sur la pierre tombale se trouvant dans la chapelle Saint-Vaast, dépendant du Vieux Lys, hameau de Lamorlaye depuis 1825, mais territoire de la seigneurie du Lys avant la Révolution.

Sur la pierre tombale du seigneur Charles de Marc on peut lire : « CY DEVANT GISENT LES CORPS DE MESSIRE CHARLES DE MARC VIVANT CHEVALIER SEIGNR DE MONCRESPIN ET DU LYS QUI PENDET LE REGNE DE HENRI 3E ET HENRI 4E A COMMANDER A UNE COMPAGNIE DE GENS DE PIED LEGERS »

Le pluriel « CY DEVANT GISENT » permet de penser que la pierre tombale, dont il ne reste que la moitié supérieure, était aussi destinée à son épouse.

Philippe Bezard a dressé pour l’ALMA les arbres généalogiques de nos différents seigneurs, et on retrouve dans la chapelle Saint-Vaast sur les autres pierres tombales des traces des armoiries des Belloy et peut-être des Lestandard ; la plupart de ces blasons ainsi que les noms des personnes enterrées ont été hachurés à la Révolution mais dans la pierre tombale centrale, un blason à deux partitions montre à droite un dessin très stylisé mais proche du blason de Catherine Lestandart (la partie à gauche est illisible). Cette Catherine a épousé Nicolas de Belloy dont le blason apparait à gauche

On peut le constater ci-dessus, le blason de la famille de Marc n’est pas « bleu et tango » comme un article du bulletin municipal de février 1998 l’indique pour le blason de la ville mais d’or (jaune) et sable (noir). Ce même article nous dit que les couleurs ont été redéfinies au 19ème siècle sans doute quand a été créé le vitrail. Nous n’avons pas (ou pas encore) de sources sur ce point mais le blason créé en 1962 ne reprend pas les couleurs du vitrail.

Raymond Jacquet, qui fut comme Philippe Bezard, adhérent de l’ALMA, a décrit le vitrail ainsi : « d’argent au chevron de gueule (rouge) chargé de trois besants d’or (jaune) accompagné de trois merlettes de sable (noir), accosté de deux lions rampants et d’un casque de comte ».

Un chevron est une pièce héraldique composée de deux bandes plates assemblées en haut et s’ouvrant en bas, en forme de compas ouvert. (geneawiki)

Un lion  est rampant, s’il a le haut du corps levé vers le chef, et ne pose que sur ses pattes de derrière, la tête de profil, la queue retroussée vers le dos avec la houppe retombant en dehors.(blason-armoiries.org

Un casque est l’ornement extérieur indispensable de l’écu sur lequel il repose. Selon la position dans la hiérarchie nobiliaire le casque est de profil ou de face (dit taré) ; les comtes et les vicomtes le portent d’argent, taré de deux tiers et ne montrant que sept barreaux. (d’après blason-armoiries.org). Le nôtre est-il de comte comme l’indique Raymond Jacquet pour faire référence au comte de Beaumont dont dépendait la seigneurie ?

Une merlette est un oiseau imaginaire ressemblant à une canette, toujours figuré de profil, les ailes contre le corps, sans bec ni pattes. Après l’aigle, c’est l’oiseau le plus fréquent dans les armoiries médiévales. Il est généralement employé en nombre dans un même champ. (wikipedia)

Un besant est un « meuble » (élément d’un blason à l’intérieur de l’écu) en forme de disque, toujours de métal, d’or par défaut. Représente une pièce de monnaie. (wikipedia)

Sur la pierre tombale (comme dans le blason de la ville) on voit un homme portant une massue : ce symbole est un sauvage qui « se représente par une figure d’homme armé d’une massue, paré de feuillages ou d’oripeaux indiens, et coiffé de plumes. Le sauvage est à la fois usité comme meuble de l’écu, et comme support en ornement extérieur des armoiries. (blason-armoiries.org)

Voila de quoi rêver un peu : si aujourd’hui Le Lys est devenu Vieux Lys, hameau de Lamorlaye, ce fut une seigneurie qui jouait au moins jeu égal avec celle de Lamorlaye…

Mais revenons à nos prochaines activités !

Compte-rendu de notre sortie en compagnie de Thierry Abran à la découverte de la Ligne Chauvineau !

En haut la vue d’ensemble de la ligne Chauvineau 300 casemates et &5km de fossés antichars de Conflans-Sainte-Honorine à l’ouest à la Ferté-la-Jouarre à l’est et zoom sur le Valois. (TH. Abran)

La promenade du 8 avril le long de la ligne Chauvineau aux alentours de Betz été un très bon moment : excellent déjeuner à la Bodegare, petit restaurant installé dans l’ancienne gare de Betz puis une promenade commentée par Thierry Abran à la découverte des casemates  de la ligne Chauvineau qui se trouvent près de Betz. Nous n’étions que 14 (est-ce la faute au week-end de Pâques?) à profiter à la fois du beau temps, de la nature (Betz est dans la vraie campagne) et des explications de notre guide ! Frédéric Gondron, qui travaille sur cette ligne Chauvineau avec Thierry Abran, nous a rejoints pour la promenade que nous avons terminée par un petit goûter, présenté très élégamment dans le coffre d’une de nos voitures ! Mais avec les petits gâteaux de Nicole, les œufs au chocolat et le soleil, c’était bien agréable !

Cette ligne Chauvineau n’en finit pas de surprendre : programmée pour être construite à la dernière minute (entre septembre et décembre 1939) par des troupes de Régiments Régionaux formés de vieux soldats sans équipement véritable. Pas de canons dans ces casemates : on comptait sur ceux de l’armée ; mais si l’armée arrive sur la ligne Chauvineau c’est qu’elle a reculé devant les Allemands et reculant, elle a bien souvent abandonné ou perdu son armement en chemin… Les Allemands examineront avec beaucoup d’intérêt cette ligne de défense presque sans canons, à 40km de Paris. Ils feront de nombreuses photos et sans doute de nombreux prisonniers.

Les premières troupes françaises sont arrivées sur la Ligne Chauvineau alors que Paris venait d’être déclaré « Ville ouverte » ! On peut imaginer l’état d’esprit de ces soldats qui ont mené des combats très rudes : en à peine un mois, on comptera dans l’Oise 1116 soldats allemands et 3353 soldats de l’armée française tués et 14 801 prisonniers de guerre qui étaient domiciliés dans l’Oise…

Thierry Abran nous a aussi parlé du travail qu’il mène avec ses élèves (le collège de Betz est très proche) depuis presque 10 ans dans le cadre d’une AEC (Action Educative et Culturelle) ; chaque année un groupe d’élèves de 3ème, tous volontaires, entretiennent les abords des casemates ! Une belle façon de s’approprier le respect du patrimoine, le travail de mémoire ou de devenir un passionné d’histoire ! Mais il n’y a pas que l’histoire et la ligne Chauvineau ! L’après-midi du vendredi est banalisée et toutes les classes de 3ème organisent ainsi des activités, souvent interdisciplinaires, par petits groupes.

Le travail et la méthode de Thierry Abran a été reconnu par le Conseil départemental qui a décerné le prix départemental de la mémoire 2023 de l’association nationale de l’Ordre du Mérite à l’AEC « Archéo-Blockhaus » du collège de Betz.

Pour suivre les travaux menés par ces élèves du collège Marcel Pagnol de Betz promenez-vous dans leur blog en CLIQUANT ICI !

Un grand merci à Thierry Abran !

Nous continuerons sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale en abandonnant les aspects militaires pour un point de vue plus politique : la collaboration de Vichy avec une conférence de Frédéric Gondron et un film de Costa-Gavras (en association avec le Cinéclub de Lamorlaye) :

Le 18 mars, nous avons découvert, avec Sarah Gillois, les métiers de la dentelle à Chantilly

Mais d’abord un rappel de nos prochaines activités :

Le 18 mars, nous étions plus de 40 dans la salle du château de Lamorlaye (et 2 ou 3 personnes par Teams) venus découvrir les métiers de la dentelle à Chantilly !

Sarah Gilois précise d’abord l’objet de sa conférence car pour parler de la dentelle on choisir le point de vue de la mode, des fraises de la Renaissance aux podiums de haute couture, du point de vue des techniques, du point de vue géographique : son point de vue est celui de de l’histoire sociale et économique pour essayer de comprendre comment et par qui était fabriquée la dentelle à Chantilly ; comment la dentelle est arrivée à Chantilly à la toute fin du 17e siècle ; comment des marchands se sont installés entraînant autour d’eux des centaines voire des milliers de dentelières ; et comment cette activité a fait vivre chantilly et ses campagnes pendant près de 2 siècles. Elle précise aussi que ses recherches ne sont pas terminées : les sources directes étant assez peu nombreuses, le travail sur les sources indirectes comme les recensements et l’état-civil par exemple, peut être approfondi et élargi.

Mais nous faisons tout de même un petit tour sur les différentes dentelles :

Puis ce qu’est la dentelle en Europe à la fin du 17e siècle : dentelle de Flandres ou d’Italie, réalisée à la main aux fuseaux ou à l’aiguille, c’est un tissu qui est constitué de fils de lin, laine ou coton, formant un réseau orné de motifs décoratifs ; cette dentelle est fabriquée depuis le 16e siècle et est vite arrivée en France ; séduisant d’abord les hommes puis les femmes, elle devient un incontournable pour les nobles fréquentant la cour du roi. Le mot dentelle n’existait pas encore, on parlait de « point », point de Flandre, point de Venise, et bientôt point de France… Car Colbert n’appréciant pas que l’argent de la noblesse parte à l’étranger tente d’abord, entre 1644 et 1664, d’imposer des restrictions par des « édits somptuaires » ; le remède s’avérant pire que le mal, en 1665, il crée les manufactures royales de Point de France : il débauche des dentellières expérimentées en Flandres et en Italie et les installe dans toutes les villes de France où existait déjà une pratique de la dentelle, à Arras, Alençon, Aurillac, … : elles devaient former les dentellières locales à ce qui va devenir le Point de France, au départ copie parfaite des dentelles étrangères !

A la suite de cette initiative royale, les grands du royaume vont développer en France des ateliers princiers de dentelle. A Chantilly, Anne de Bavière, la belle-fille du grand Condé, déjà responsable de la Charité de Vineuil, crée une école de dentellières qu’on va appeler la communauté de Sainte-Anne puisque Sainte-Anne est la patronne des dentellières mais qu’on va aussi appeler l’école des Filles Rouges, sans doute de la couleur du costume des dentellières (les bonnes œuvres devant être reconnues, chaque bienfaiteur choisissait une couleur pour habiller ses « pauvres ») : elle y accueille 22 jeunes filles pauvres qu’on appelle encore les faiseuses de dentelle. Un livre de la Charité de Vineuil atteste l’existence, en 1694, de cette « manufacture » en même temps qu’il nous fait découvrir les deux premiers marchands de dentelle et leurs relations avec l’école des Filles Rouges. Ces deux marchands, Charles Moreau et Nicolas Leguay, s’installent à Vineuil ; dans un premier contrat, Moreau s’engage à nourrir et à payer, sur le prix estimé de la production, la montreuse et les ouvrières (Anne de Bavière veut que les filles touchent 1/3 du prix de la dentelle produite). Un système qui va vite être abandonné pour une formule qui redonne au marchand sa liberté  d’action (et sans doute paie moins les dentellières) c’est un contrat de Nicolas Leguay qui l’indique : il va payer les jeunes filles, payer la montreuse, récupérer la totalité des dentelles qu’il vendra en conservant la totalité du gain.

Ces 2 marchands qui ne sont pas encore installés à Chantilly et ces 22 jeunes filles sont à l’origine de l’essor urbain de Chantilly ; pendant plus de deux siècles, une dizaine de marchands vont s’établir à Chantilly d’où ils vont diriger un système de production assis sur plusieurs villages du Sud de l’Oise et dont la production va voyager dans l’Europe entière.

L’école des Filles Rouges n’est pas à Vineuil parce que la Charité de Vineuil est déjà trop petite : on va l’installer à Chantilly tout près de la nouvelle église : la paroisse vient d’être créée en 1692 avec la construction de l’église Notre-Dame à la demande du grand Condé. Le chanoine Muller, aumônier de la fondation Condé au 19e siècle, décrit ainsi l’école : « Mademoiselle de Beaumont y logeait avec les jeunes filles dont le nombre variait de 20 à 25 ; une salle servait de dortoir une autre d’atelier le mobilier : le compte de 1694 mentionne 40 chaises de paille, des lits faits par le menuisier Baudier, 40 bottes de paille et 44 aunes de toile pour les paillasses, des pièces de drap et des couvertures ». Le livre de la Charité de Vineuil de 1694 montre aussi qu’on va acheter des épingles, des fuseaux, des oreillers (c’est-à-dire ce qu’on appelle aujourd’hui le carreau ou coussin). Cette école fermera en 1709 :  on apprendra donc très vite le métier de mère en fille.

Tout en haut de la hiérarchie on trouve le marchand qui est aussi nommé négociant en dentelle, négociant en blonde, marchand de dentelles, fabricant de dentelle : le titre de négociant va être vraiment porté par les marchands qui vont avoir la possibilité d’avoir un bureau propre de négociation à Paris. Le marchand occupe la position dominante sur tout un réseau de travailleurs : il détient les matières premières, il détient les outils, il connaît toutes les techniques,  il maîtrise les réseaux de diffusion de la marchandise. A partir de la seconde moitié du 17e siècle, cela va être une activité exclusive :les vignerons ou laboureurs marchands de dentelles existant jusque là vont disparaître. Le marchand travaille en famille, le métier est transmis de père en fils, les épouses participent à l’industrie familiale et les filles, par mariage, vont créer des alliances commerciales : on peut parler de véritable dynastie dentellière ; ainsi la famille Moreau qui va connaître une évolution fulgurante sur trois générations. Les femmes assurent la surveillance de l’atelier en l’absence du mari, vont parfois visiter les dentellières, maîtrisent aussi les techniques comme le raccrochage (coudre ensemble les laizes de dentelle) ou piquent les cartons ; les enfants sont formés à toutes les tâches avant de devenir eux-mêmes marchands.

Ces marchands font évoluer la mode ; ils vont obtenir régulièrement des médailles aux expositions industrielles et exporter dans toute l’Europe. Le marchand va devenir un propriétaire foncier ce qui lui permet de contrôler sa main-d’œuvre de dentellières dont il est aussi le propriétaire. Il accède à la bourgeoisie et plusieurs deviendront maire de Chantilly. Ils habitent dans la Grande Rue, aujourd’hui rue du Connétable, dans de très imposantes demeures qui sont aussi « l’atelier » où travaillent les ouvriers qualifiés (dessinateur, piqueur, dévideur) et le magasin de vente.

La maison du marchand est le lieu de réalisation des premières étapes de l’élaboration de la dentelle avec les instruments de travail appartenant aux marchands : ce sont des tâches de conception de la dentelle (par les hommes payés à salaire fixe avec contrat) et non de réalisation laquelle est assurée par les femmes, chez elles, en étant payées à la tâche sur une pure promesse orale.

Pour ces métiers d’homme on retrouve des noms dans les contrats d’apprentissage ou d’embauche contrairement aux dentellières ; ils habitent Grande Rue ; elles sont quai de la Canardière ou dans les villages alentours…

Ils sont :

  • dévideur : qui façonne la matière première ; il va préparer le fil et charger les fuseaux : une laize d’environ 20 cm de large demande 350 à 400 fuseaux.
  • Dessinateur : qui crée les modèles en respectant le style du marchand, ses innovations, son imagination, sa fantaisie. Tout en haut de la hiérarchie dentellière il deviendra souvent marchand.
  • piqueur de marque : qui transpose le dessin sur le carton et piquer les trous qui recevront les épingles : c’est les marques ou cartons piqués. Il peut devenir dessinateur

Le dessinateur est un proche du marchand qui va souvent être le témoin de leur mariage ou le parrain de leur enfant. il est formé dans une école de dessin, située dans l’hôtel Quincampoix, Grande Rue : créée en 1784 par le prince de Condé, elle reçoit 30 enfants sélectionnés par an.

Il y a d’autres métiers autour du marchand : le postillon qui conduit la voiture à cheval ; la fille de parcours qui va sillonner les campagnes pour suivre le travail des dentellières ; la demoiselle de confiance qui va réceptionner les laizes et parfois assister le marchand d’atelier dans la tenue des comptes ; la couturière ou raccrocheuse qui finalise les pièces en raccrochant les laizes.

Et les plus nombreuses et les moins connues, celles qui ont laissé le moins de traces dans les archives et qui sont les plus pauvres : ouvrière en dentelle, faiseuse de dentelle, dentellière, bisettière ( fabriquant la bisette, sorte de dentelle rustique en lin non teint)… On pratique ce métier de très jeune à très vieille. Le carreau, les épingles (4000 à 8000), les fuseaux (plusieurs centaines) appartiennent soit à la dentellière soit au marchand qui lui confie un métier chargé. La dentellière n’a aucune liberté d’action ; c’est une technicienne qui doit impérativement suivre le dessin prévu. Elle travaille seule à son domicile ou avec d’autres dentellières lors des veillées paysannes. Les marchands vont acheter des granges et ils vont payer le bois et la chandelle pour organiser des veillées qu’ils pourront surveiller. En ville, elles se réunissent dans des cabarets à dentellières : une pièce dans la maison d’une des dentellières. On n’a pas d’archives des marchands de Chantilly, donc on ne sait rien sur le nombre ou le salaire des dentellières ; seulement des tableaux récapitulatifs dans les rapports des préfets. Exception, en septembre 1799, on va voir apparaître dans les archives 103 dentellière qui vont passer devant le juge de paix du canton de Chantilly parce qu’elles refusent de payer la patente que doivent les commerçants. Un autre procès nous fait découvrir un salaire :  une livre par jour de travail. A l’autre bout de la chaîne, pour savoir combien la dentelle est vendue, il faut chercher dans les catalogues des grands magasins : au 19e siècle, un grand châle fait à la main coûtait 1200Frs et entre 175 et 300Frs s’il s’agit de dentelle mécanique.

L’impact de cette activité dentellière sur l’économie locale a été très importante. Ainsi, à la fin du 18e siècle Moreau occupe 322 dentelières dans le canton de Creil (dont seulement 7 à Chantilly) et 1473 dentellières pour l’ensemble du sud de l’Oise. La production de dentelle à Chantilly a entraîné l’émergence d’une classe marchande qui au fil des générations va devenir une classe de notables et de propriétaires fonciers. Cette industrie dentellière va décliner à la fin des années 1830-1840  pour disparaître presque totalement dans la seconde moitié du 19e siècle : d’une part la Normandie va copier la Chantilly avec Auguste Lefébure, un très grand marchand et dessinateur qui invente de nouveaux points, organise le travail en regroupant et en spécialisant les dentellières et produit, à Bayeux, une « dentelle de Chantilly »  d’un niveau exceptionnel ; d’autre part la mécanisation avec des métiers qui arrivent dans la région de Calais où on va produire la dentelle mécanique 2000 fois plus vite ! Comme le raconte si bien Au bonheur  des dames, les bourgeoises se précipitent dans les grands magasins pour acheter de la dentelle mécanique et les dames de la haute société reçoivent les marchands de dentelle chez elles…

Le dernier marchand de Chantilly est une marchande, Madame Letellier qui hérita son commerce de sa grand-mère en 1882 mais ferma définitivement son magasin à la Première Guerre mondiale. Le musée de la dentelle de Chantilly expose un carreau qui appartenait à Mademoiselle Allard, une des dernières dentellières, employée par Madame Letellier jusqu’en 1914.  Il porte encore la dernière laize sur laquelle elle a travaillé.

Après la conférence, les questions sont nombreuses dans la salle :

  • est-ce que le réseau était fabriqué avant les motifs décoratifs : non ; tout avançait en même temps en suivant le carton.
  • Dans un roman de Léon Gozlan, Le notaire de Chantilly  (voir Cahier de Chantilly N°4), il parle d’aiguiller et il dit aussi qu’on nettoyait la blonde avec une aiguille en bronze : les dentellières utilisent des épingles ; mais c’est sans doute le même métier ; on ne sait pas si ces aiguillers fournissaient les marchands de Chantilly ; on peut le supposer. On parle de nettoyage de la blonde à l’aiguille de bronze mais on n’a pas de renseignement précis.
  • La dentelle noire a été imposée par Eugénie, l’épouse de Napoléon III : c’est exact puisque cette dentelle noire est une tradition en Espagne ; on a aussii, à cette époque, appris à teindre les tissus dans des couleurs vives qui mettaient en valeur la dentelle de Chantilly bien mieux que la blonde. Il faut aller voir le magnifique tableau de la duchesse d’Aumale par Winterhalter, récemment redécouvert à Versailles et déposé à Chantilly : quand on regarde cette robe rose avec ces volants dentelles on a l’impression de voir l’espace entre la dentelle et le fond de robe. Les tableaux de Winterhalter montrent combien la dentelle de Chantilly était un élément essentiel de la garde-robe des élégantes du Second Empire : elle n’est déjà presque plus produite à Chantilly, c’est la dentelle de Bayeux mais c’est sublime.
  • C’est la mode qui va qui va promouvoir la dentelle : tout à fait ; il y avait des codes de longueur selon le rang de noblesse de la dame
  • Parlez-nous de la prochaine exposition du musée de la dentelle : le musée a réouvert en 2016 et cette année-là nous n’avons ouvert que le rez-de-chaussée qui était et est toujours consacré aux collections permanentes ; en 2019 nous avons ouvert le premier étage où nous organisons des expositions temporaires avec l’objectif d’exposer la dentelle vue par les créateurs et les artistes d’aujourd’hui ; et la prochaine exposition, en collaboration avec le FRAC (Fonds Régional d’Art Contemporain) de Picardie, s’appelle « Laisser passer le jour » et va montrer comment les artistes contemporains se sont emparés de gestes et de techniques communs avec les dentellières, des gestes répétitifs, et utilisent le vide, le jour, dans leurs œuvres.

Samedi 8 avril : à la découverte de la ligne Chauvineau après deux belles conférences en mars. D’abord, le 4 mars, la seigneurie du Lys par Nicolas Bilot !

Cette sortie du côté de Betz se fera sous la conduite de Thierry Abran : professeur au collège de Betz, il entretient, depuis plusieurs années, les vestiges tout proches de la Ligne Chauvineau avec ses élèves. Il est aussi membre de Hist & A, l’association d’histoire locale de Nanteuil-le-Haudoin qui était présente lors de notre Salon des Publications d’Histoire Locale en avril 2022. Frédéric Gondron qui a fait pour l’ALMA, en mai 2022, une conférence sur cette ligne Chauvineau sera avec nous. Vous pouvez retrouver sur notre blog le compte-rendu de cette conférence en CLIQUANT ICI

La visite commence à 14h3O et nous proposons de déjeuner avant ensemble à Betz dans un restaurant qui nous a été indiqué par Thierry Abran et qui nous a paru sympathique. On peut donc se retrouver sur place soit à 13h au restaurant soit à 14h30 (un peu avant serait bien) pour la promenade. Et nous organisons un covoiturage à partir de Lamorlaye pour le déjeuner suivi de la promenade !

Pour la réservation du déjeuner il faut s’inscrire assez vite : nous devons indiquer le nombre de convives à la responsable du restaurant le 31 mars. Il faut bien sûr s’inscrire aussi pour la promenade.

Nous mettrons prochainement en ligne un compte-rendu de la conférence sur les métiers de la dentelle à Chantilly que Sarah Gillois nous a présentée le 18 mars.

Voici d’abord le compte-rendu de la conférence de Nicolas Bilot sur l’histoire de la seigneurie du Lys, des origines à la création du lotissement du Lys-Chantilly que l’ALMA proposait le 4 mars dernier : 90 personnes dans la grande salle du foyer culturel et 9 personnes en distanciel ont suivi Nicolas Bilot qui nous a offert une plongée dans l’histoire de la seigneurie du Lys devenue commune du Lys en 1790 et intégrée à Lamorlaye en 1825 dont elle double le territoire. Le doublement de la population venant plus tard avec le développement du lotissement du Lys-Chantilly…

Nicolas Bilot commence en remontant très loin dans le temps pour nous montrer ce que la géologie peut nous apprendre sur ce territoire : le rectangle approximatif que forme Lamorlaye (Lys inclus) est en fait un ancien méandre de l’Oise progressivement repoussé à l’ouest par les alluvions transportées par la Thève. La position du territoire du Lys dans une zone marécageuse explique l’installation du village du Lys et les nombreux habitats très anciens découverts dans sont environnement. En effet, au moyen-âge le marais est une zone intéressante aux ressources multiples dont les alentours (aujourd’hui Chantilly, Creil, Luzarches ou Senlis) ne disposent pas. Les cartes qu’il nous commente montrent effectivement une forte concentration d’habitats au néolithique. C’est aussi un territoire qui, bien plus tard, s’est trouvé en frontière des Bellovaques (Beauvais), des Sylvanectes (Senlis) et de Parisis (Paris), des territoires gaulois dont les Romains ont respecté les limites qui deviendront celles des diocèses au moyen-âge. La carte ci-dessous nous montre la chapelle Saint-Martin aux limites des trois évêchés, à l’extrême est de Lamorlaye, lieu (côteau du Bolary) d’une occupation très ancienne qui s’est déplacée à l’emplacement de Lamorlaye que nous connaissons aujourd’hui.

Carte datée autour de 1510 ; dans l’encadré du haut, Lamorlaye avec le « vieux château », l’église Saint-Nicolas, le château et dans l’encadré au milieu, la chapelle Saint-Martin – Musée Condé, réf. CP_B_0112

Nicolas Bilot nous apprend qu’un diagnostic archéologique très récent réalisé au Vieux Lys a permis de découvrir un habitat carolingien sans doute satellitaire du palais mérovingien du Bolary ; c’est à cette période, fin du 8e siècle – 9e siècle, qu’on commence a trouver des traces écrites de Lamorlaye et du Lys ; ainsi on sait que l’abbaye de Saint Denis a des possessions dans le Lys.

A la fin du 12e siècle, apparaît un Gérard du Lys puis son fils Guillaume du Lys qui semblent dépendre ou représenter le comte de Beaumont auquel l’abbaye de Saint Denis a délégué l’autorité sur ce territoire. En 1331, le comte de Beaumont fait dresser « un état des feux » : on en compte 21 soit 21 foyers fiscaux, donc probablement une centaine d’habitants car il faut multiplier par 4 à 5 qui est la moyenne d’habitants par foyer et ajouter les clercs et les nobles qui ne sont pas soumis à la fiscalité.

La famille « du Lys » va laisser la place à la famille « de Belloy » : Jeanne du Belloy, dame du Lys, épouse François Lemaire, écuyer ; ils donnnt en 1599 la seigneurie du Lys à leur gendre, Charles de Marc, et à cette occasion, « un aveu et dénombrement » est établi : il décrit précisément le bien qui est donné et nous permet donc de découvrir « l’hostel seigneurial, fermé de murailles » et les biens en propre du seigneur soit 112ha dont 70 de bois ou marais, l’ensemble de la seigneurie couvrant plus de 1000ha.

Pierre tombale de Charles de Marc placée au sol près de la porte de la chapelle Saint-Vaast : Lamorlaye a créé son blason en reprenant le blason représenté sur cette pierre. (photo ALMA)

Cette famille « de Marc », que nous connaissons par les pierres tombales qui sont dans la chapelle du Lys, va conserver la seigneurie jusqu’en 1688 quand Jules Henri de Bourbon, fils du Grand Condé achète la seigneurie. Il ordonne le démantèlement de l’hostel seigneurial et lance un processus de rachat de toutes les parcelles qui ne lui appartiennent pas en propre, processus qui va durer près de 40 ans ; c’est son petit-fils Louis Henri, Monsieur le Duc, qui va faire planter la forêt et tracer les routes cavalières qui sont devenues les avenues du lotissement.  Peu à peu la plaine du Lys disparait et avec elle les ressources des habitants. La Révolution chasse momentanément les Condé qui reviendront en 1814 à la Restauration ; ils récupèreront alors la seigneurie du Lys et reprendront plantations et chasses… Pour quelques années, puisqu’en 1830, le duc d’Aumale hérite du domaine de Chantilly ; en 1894, il vend, pour le compte de l’Institut de France, la forêt du Lys au baron Henri de Rothschild qui la revendra en 1919 à un Monsieur Bernard, ingénieur en aéronautique. En 1924, Léon Manin achète la forêt du Lys pour y créer un lotissement forestier… Le Lys-Chantilly.

Plan des Bois et d’une partie des terres du Lis – 1723 – Musée Condé, réf. : CP_D_0026 – L’ouest est placé à gauche ; la forêt n’existe pas encore ; il n’y a encore que les anciens chemins.
Extrait de la « Carte topographique de la forest du Lys par J. B. Quin, arpenteur de la grurie de Chantilly… ; vérifié… par Jean-Nicolas Breteuil, arpenteur en ladite grurie de Chantilly » – 1780 – Musée Condé, réf. CP_E_0026 – A droite et à gauche de la carte, on trouve une table des pièces de bois enclavées dans les possessions des Condé et une table des 15 « ventes » ; les allées en étoile sont tracées.

Au-delà des faits historiques, Nicolas Bilot nous parle de la situation très difficile aux cours des 14e et 15e siècles : à la guerre de Cent ans s’ajoutent un schisme religieux qui perturbe profondément une population très religieuse (de 1309 à 1378, les papes se succèdent en Avignon mais à partir de 1378 et jusqu’en 1418 deux papes règnent en même temps l’un en Avignon, l’autre à Rome)  une contraction climatique (la température baisse de 2 à 3 degrés) qui entraine une crise agricole donc économique laquelle ouvre la porte aux grandes épidémies. Il nous montre aussi la spécificité du lotissement créé par M. Manin dont l’esprit novateur est indéniable. Cette conférence nous a ouvert des horizons très divers : l’arbre généalogique de tous le seigneurs du Lys, le Lys il y a 60 millions d’année, la situation des 14ème et 15ème siècles, le Lys (et Lamorlaye) pays de confins, en limite de trois évêchés … On pourrait se sentir perdu et au contraire, chacun dans la salle a l’impression de comprendre, au-delà des faits, les causes profondes et générales qui font l’Histoire de notre Vieux Lys.

Un grand merci et bravo à Nicolas Bilot, que certains de nos adhérents suivent fidèlement de conférences en visites !

Après la très belle conférence du 4 mars, un poème, des poèmes pour le printemps des poètes et la conférence de Sarah Gillois le 18 mars !

Samedi 4 mars le public était nombreux pour la conférence de Nicolas Bilot sur la seigneurie du Lys ; nombreux et, d’après tous les commentaires échangés en partageant nos gâteaux et le verre de l’amitié, très heureux ! Et pour ceux qui avaient choisi la visioconférence, Teams a très bien fonctionné ! Un compte-rendu sera publié bientôt.

Au moment de partir, nous découvrons une belle écharpe oubliée sur un fauteuil. Elle a retrouvé sa propriétaire, après envoi d’un avis de recherche envoyé à presque tous les participants. Ce qui a inspiré à Hervé ce poème, publié avec son autorisation. Hervé est à l’origine de l’association Au coin des poètes de Morlacca dont il est le président et qui participe au Printemps des Poètes, à la bibliothèque, ce samedi 11 mars de 15h à 17h.

Mais voici son poème et l’affiche !

Pensez aussi à vous inscrire à la prochaine conférence de l’ALMA :

Sarah Gillois, directrice du musée de la dentelle de Chantilly et animatrice de l’Architecture et du Patrimoine « Chantilly, ville d’art et d’histoire » nous parlera de la dentelle et surtout de la façon dont cette activité s’est installée à Chantilly et y a prospéré. Elle évoquera les différents métiers de cette production complexe, des dessinateurs aux dentellières, en passant par les piqueurs et autres spécialistes. A partir des sources et archives, elle mettra en lumière la grande différence de statut et traitement entre hommes et femmes.
La conférence déroule en présentiel au château de Lamorlaye ou en distanciel par Teams.